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L'ETHIQUE, LE GESTE ET L’AUDACE
Bruno DEVAL
Les Professeurs Blanc et Agostini m’ont offert l’opportunité de présider
Le Choix des Armes 2025.
Il s’agit à la fois d’un honneur, d’un profond plaisir et d’une responsabilité.
Le Choix des Armes est et restera le carrefour de l’innovation et de la formation chirurgicale de notre discipline.
Il m’a semblé, au gré de ces années de pratique et renforcé par des évènements ayant marqué notre profession, d’avoir une réflexion sur ce que je pense être les fondamentaux de notre métier.
L’éthique est un domaine essentiel et complexe, elle implique une réflexion profonde sur la sécurité, l’innovation, la dignité et le respect des patientes.
Le geste chirurgical, lui, est motivé par des affections cosmétiques et malformatives, des troubles de la continence et/ou de la statique pelvienne, des gestes de réassignation.
L’audace, enfin, est parfois nécessaire pour améliorer la qualité de vie des opéré(e)s, mais elle doit être guidée par des principes éthiques rigoureux, pour assurer que chaque intervention soit menée dans l’intérêt supérieur de la patiente.
1. Innovation et éthique un couple indissociable
En chirurgie pelvi-périnéale, l’audace est souvent synonyme de progrès. Ces innovations peuvent améliorer les résultats fonctionnels, offrir une récupération plus rapide ou réduire les risques associés à des techniques plus invasives. Cependant, cette audace doit être tempérée par une profonde réflexion éthique.
Pousser les frontières de la chirurgie nécessite une maîtrise technique mais aussi une anticipation des conséquences et une évaluation rigoureuse des risques. L’audace peut, en effet, être source de risques pour la patiente si elle n’est pas parfaitement encadrée. Des interventions trop novatrices ou peu éprouvées peuvent aboutir à des résultats incertains, avec des complications potentielles.
Ainsi, nous devons nous poser la question de la proportionnalité du geste : est-ce que cette intervention audacieuse est justifiée ? Est-elle la meilleure option pour cette patiente ? L’éthique entre alors en jeu, pour éviter que l’innovation ne devienne une fin en soi, au détriment de la sécurité et du bien-être des patientes.
2. Transparence et consentement éclairé
Un des piliers de l’éthique en chirurgie est le consentement éclairé. Avant toute intervention, il est crucial que la patiente soit pleinement informée et impliquée dans le processus décisionnel. Le consentement éclairé va au-delà de la simple signature d’un document. Il implique une discussion ouverte entre le chirurgien et la patiente, où celle-ci peut poser toutes les questions nécessaires et exprimer ses inquiétudes.
Notre rôle est d’expliquer, avec transparence, les aspects techniques et les éventuels aléas de la chirurgie envisagée. Cette transparence est d’autant plus importante lorsque des techniques innovantes sont proposées. Dans de tels cas, il nous revient de présenter la démarche non comme une solution miracle, mais une possibilité thérapeutique.
3. Respect de la dignité de la femme
Les interventions chirurgicales que nous pratiquons impactent des zones intimes, ce qui peut engendrer vulnérabilité et anxiété des patientes traitées ou en devenir de traitement.
L’intimité lors de l’examen clinique, le respect de la pudeur, la compassion, la délicatesse et l’empathie sont des éléments essentiels du parcours de soins pré et post-opératoire.
4. Le choix de la procédure
La chirurgie de reconstruction pelvi-périnéale offre souvent plusieurs options thérapeutiques, allant des techniques classiques aux interventions innovantes. Face à cette diversité, le chirurgien doit faire preuve d’un discernement éthique dans la sélection de la technique la plus appropriée.
Si nous considérons la chirurgie de l’incontinence urinaire de la femme, les techniques conventionnelles, bien qu’elles puissent offrir des bénéfices potentiels, comportent des incertitudes sur le long terme. Les techniques innovantes, quant à elles, décrivent un rapport efficacité / morbidité parfaitement défini.
Dans de telles situations, l’éthique commande de ne pas privilégier une technique plutôt qu’une autre. La décision finale devrait être un choix partagé, en fonction de l’expérience du chirurgien dans lequel la patiente joue un rôle actif.
5. La formation
Le praticien se doit de de maintenir un haut niveau de formation et d’information des évolutions techniques.
Le compagnonnage mère de notre formation et l’organisation de congrès dont le « Choix des Armes » est pionnière, œuvrent en ce sens. Aussi, la maîtrise des nouvelles techniques est indispensable pour minimiser les risques opératoires et garantir des interventions sûres et efficaces au bénéfice des patientes opérées.
7. La recherche et l’innovation technique
Les avancées en chirurgie pelvi-périnéale sont essentielles pour répondre et diversifier les options thérapeutiques, elles nécessitent un cadre éthique strict. Les essais cliniques, par exemple, doivent se dérouler dans des conditions rigoureuses, avec des protocoles clairs, des comités d’éthique et un suivi attentif des patientes.
L’innovation ne doit jamais primer sur la sécurité des patientes. Le chirurgien, en tant que chercheur, doit s’assurer que la participation de chaque patiente est volontaire et pleinement informée, sans pression ni promesse de succès.
En conclusion l’éthique se situe à l’intersection de l’audace et de la prudence. Chaque décision doit être prise dans l’intérêt de la patiente, en respectant sa dignité et en assurant sa sécurité. Le geste chirurgical, doit toujours être guidé par des principes de respect, de transparence et de responsabilité.
Bienvenue au Choix des Armes de Marseille.

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